A Brumath a eu lieu une très belle Coupe de France. Extrêmement bien organisée, festive (notamment la belle soirée du nom), avec des infrastructures exceptions. Vous pouvez lire à ce propos le joli article de Marijke.

Et puis il y a eu l'affaire. Le scandale. La polémique. Sortie par le Canard enchaîné suite à un entrefilet de Mediapart. Ou pas. Retour (j'espère avec sagesse et modération) sur l'histoire qui a enflammé les esprits. Attention, non initiés, cette article est multi composante, écrit par différents partis. Il est donc long, voire très long. Et il commence par une déclaration touchante des Cycl'Ass, par la voie de leur porte parole en l'occurence : Yann.


Photo Yann Henry.

« Bonjour les amis,

Au nom des Cycl’Ass, nous voulions mettre au clair la situation du tournoi de basket qui a pris des proportions que nous ne souhaitions pas du tout. Nous présentons nos sincères excuses auprès des organisateurs de la Coupe de France (Les Troubadours) ainsi que tous les joueurs du tournoi et plus particulièrement auprès de ceux de Wheel Frites. On aurait préféré être disqualifié que rétrogradé. On ne le refera plus, on n’espère que cela n’incitera pas à faire de même dans le futur, et on en est sûr. On voulait transmettre notre mécontentement sur le tableau du tournoi. On n’espère que cette image ne nous suivra pas. L’idée de se baser sur le classement de la ligue était une bonne idée mais les équipes sont souvent différentes entre la coupe et le championnat.

Je propose quelques améliorations : je pense que l’idéal serait qu’un seul groupe de personnes, connaissant bien les équipes et les joueurs de monobasket, organise le tableau des prochaines CFM. Je m’occupe depuis 3 ans du tournoi de hockey (qui n’a pas encore la même popularité que le basket) et je connais bien le niveau des équipes et des joueurs, c’est donc plus facile pour organiser le tableau. Cette personne ou ce groupe de personne n’est pas obligé de se rendre à toutes les CFM, elle doit juste bien connaitre le monabasket français et fournir son tableau à l’orga une fois que cette dernière lui ait transmit le listing des équipes. On a conscience que ce que l’on a fait est très moche et contraire à l’éthique du sport. Merci à l’orga qui a abattu un boulot de dingue depuis de nombreux mois. Nous sommes désolés que cela tombe sur votre Coupe de France.

En espérant tous vous retrouver à Bron car on a trop besoin de vous pour nous remettre dans le droit chemin. On ne mérite pas des adversaires comme vous.

A bientôt sur une roue les artistes O—(

Yann »


Photo de Xavier Le Quesne.

Mais que s'est-il vraiment passé ? Petit rappel des faits. En jouant en poule contre les Roule Ta Bille, les Cycl'Ass ont volontairement perdu le match, afin de se garantir une meilleure place dans la suite du tournoi en évitant les Wooms en demi finale. Une commission de discipline s'est réunie, et vous pouvez lire sa décision (oui, c'est écrit de façon administrative môche). Cette décision a elle même été beaucoup contesté. Certains ont alors décidé de boycotter la suite du tournoi, ce qui est forcément une décision triste quand notre principal objectif devrait être de prendre du plaisir sur le terrain. L'équipe de Wheel frites s'en explique grâce à Xavier (mais c'est un texte concerté) :

 

« Il nous parait important d’expliquer ce qui a motivé notre départ précipité de l’épreuve de monobasket lors de la toute récente coupe de France à Brumath.

Plutôt que de participer à un tournoi de monobasket, nous avons eu la désagréable impression de jouer dans une très mauvaise pièce qui nous faisait réellement honte. Puisque nous n’étions inscrits qu’à cette seule épreuve de monobasket, il ne nous restait donc plus qu’à rentrer à la maison.

Pour rappeler les faits et sans rentrer dans les détails du tableau de la compétition, la malversation de l’équipe des Cycl’ass nous a spolié, dans un premier temps du moins, de la quasi-assurance d’une victoire en quart, d’une demi-finale et d’une petite finale.

Par la même occasion, les Woom blancs se voyaient eux, très probablement privés de la finale du tournoi.

Il est clair que pour nous, cette situation était intolérable.

La rétrogradation des Cycl’ass, décidée par le comité du tournoi nous permettait, certes, de continuer celui-ci mais l’hypothèque qui pesait sur nous s’est alors inévitablement déplacée sur d’autres équipes, telles que les Monostars puisque ce sont eux qui devaient, dès lors, les rencontrer.

Pour nous, que ce soit notre équipe ou une ou même plusieurs autres qui soient spoliées ne changeait rien à l’affaire, ce tournoi était devenu « pourri » et ne correspondait plus en rien, ni à notre conception de ce sport, ni d’ailleurs de la sportivité en général.

Nous avions pourtant, dans un premier temps, décidé d’attendre ce que feraient les autres équipes de mécontents pour nous aligner, par solidarité, sur leur décision mais voyant que la première équipe invitée à reprendre part au tournoi fut précisément les Cycl’ass, qui se voyait d’ailleurs gratifiée d’un match supplémentaire, cela nous a définitivement dégoûtés et décidés à plier bagages.

Au-delà des faits regrettables qui se sont produits, il y a aussi une dimension plus générale à la situation qui nous pose question et qui mérite, sans doute, débat.

Qu’une équipe triche parce qu’elle estime devoir participer à la finale et non pas à la seule demi-finale d’un tournoi tout en se foutant complètement de compromettre, dès lors, le tournoi d’autres équipes ne trouve, à nos yeux, aucune justification et est extrêmement élitiste mais n’est-ce pas aussi le signe que ce sport commence à se prendre un peu trop au sérieux ? N’est-ce pas là le début d’une dérive ? Nous posons juste la question.

Le monobasket est un très beau sport qui nous tient fatalement à cœur mais dont la structure naissante semble malheureusement, à nos yeux du moins, ne pas toujours prendre le bon chemin.

Vu de chez nous, cela parait bien compliqué, il y a de plus en plus de règlements, une fédé, une ligue, des comités, des commissions, de plus en plus d’arbitres, de stats, … et cela ne semble pas vraiment conduire à plus d’éthique et de sportivité, la preuve en est, puisqu’il faut maintenant ajouter à cette liste un comité de discipline.

Ne vaudrait-t-il pas mieux essayer plutôt de favoriser un comportement fair-play, responsable et plus « auto-évalué » de la part des joueurs ?

Nous pensons que le fait de jouer avec de plus en plus d’arbitres ne pousse certainement pas les joueurs au fair-play. Le fait d’être trop encadré, déresponsabilise.

De plus, indépendamment de ce qui s’est passé à la CFM, certains des joueurs les plus sévères et exigeants en matière d’arbitrage sont aussi parfois les plus difficiles à arbitrer et pas toujours les plus irréprochables au niveau sportif, ce qui est un beau paradoxe.

Même s’il ne faut pas nécessairement aller jusque-là, ne devrions-nous pas plutôt tendre vers une forme d’auto-arbitrage ?

Ce n’est pas une utopie, l’Ultimate fresbee qui est un autre sport collectif « confidentiel » mais quand même beaucoup plus répandu et pratiqué au niveau mondial que le monobasket, se joue sans arbitre. Il se pratique pourtant à 7 contre 7 sur un terrain de foot et est apparenté au rugby.

….et lors des entraînements, dans les clubs, ne faisons-nous pas tous de l’auto-arbitrage ?

Tant qu’à faire, nous aimerions soulever un autre point qui est celui de l’organisation de notre tournoi.

Il nous est explicitement reproché dans le nouveau règlement de ne pas organiser notre tournoi selon la formule des « poules ». Nous imaginons que cette critique s’adresse également au tournoi de Bron puisqu’ils optent un peu pour la même formule que nous.

Paradoxalement, Louvain la Neuve et Bron sont probablement les 2 tournois qui offrent le plus de matchs et de temps de jeu aux équipes.

Ce qui nous chiffonne un peu dans cette décision c’est que nous n’avons été ni consultés ni entendus à propos de la formule que nous adoptons (pas plus d’ailleurs que n’ont été consultés, à notre connaissance, Franck et Cédric des Braizanbas pour le tournoi de Bron). Voilà encore un exemple, sans doute, d’une dérive un peu trop « bureaucratique » alors que si le monobasket existe c’est quand même pour une part, non-négligeable, grâce aux organisateurs de tournois.

La formule de notre tournoi : « tout le monde rencontre tout le monde » présente pourtant énormément d’avantages :

– elle permet un maximum de matchs et donc de temps de jeu.

– elle permet fatalement à toutes les équipes de se rencontrer (convivialité)

– elle permet aux petites équipes de rencontrer les plus grandes et donc de s’améliorer.

– elle met tout le monde sur un pied d’égalité et évite toute forme d’élitisme.

– elle permet à tout le monde de jouer le tournoi jusqu’à la toute fin.

– elle ne permet pas de calculs malsains et donc de tricher, comme vu à la CFM.

L’argument qui nous est opposé et qui est celui, un peu élitiste, de demander plus de matchs entre équipes fortes, via un système de poules, ne tient pas nécessairement la route.

Prenons un exemple et considérons le Woom noir dans un système de 2 tours en 2 poules consécutives :

– Dans leur 1er tour de poule, ils n’ont aucun match intéressant pour eux (peut être un).

– Dans le deuxième tour, ils se retrouvent alors avec des équipes plus fortes mais qu’ils rencontreraient aussi dans notre système de « tout le monde joue contre tout le monde ».

Quel est donc l’avantage pour eux ?

Il ne faudrait pas que le Monobasket se prenne trop la tête pour essayer de devenir un grand sport à l’égal d’autres beaucoup plus connus et ne pas perdre de vue qu’il ne concerne qu’une trentaine d’équipes et donc pas beaucoup plus de 300 participants dans le monde. Partant de ce constat, ne vaudrait-t-il pas mieux travailler avec un peu moins de procédures et d’élitisme pour tendre vers plus de simplicité ?

Plutôt que de toujours plus cadrer et réglementer ne serait-il pas mieux de réfléchir aux moyens de développer la responsabilisation des joueurs, la sportivité et la convivialité de ce sport auquel nous tenons tous et éviter ainsi que se reproduise l’incident de la CFM ?

En espérant vous retrouver ainsi que tout le plaisir du jeu au prochain tournoi de Bron.

Les Wheel-frites. »

Vous pouvez également lire le point de vue de Romain des Wooms dans différents articles sur son blog.

Beaucoup de choses larges dans ce texte. Je ne répondrais pas sur l'organisation de la ligue puisque celà ne me concerne pas directement. Je voudrais simplement souligner ce qui me semble le plus important dans ce texte, comme dans notre futur. Le plaisir. Ce qui nous rassemble, c'est le plaisir de jour au monobasket. L'envie. La joie de se retrouver chaque fois pour s'affronter, au maximum dans un esprit fraternel. Si à titre personnel, je trouve sympa l'idée de l'auto-arbitrage, elle me semble d'ors et déjà illusoire. J'espère me tromper. Peut-être le tournoi de Louvain serait l'occasion de le tester ?

En tout cas, je crois que nous devons faire maintenant deux choses :

1. aller de l'avant, oublier et pardonner pour que dans notre sport nous restions unis vers un même objectif : jouer ensemble, avec plaisir, en découvrant de mois en mois de nouvelles équipes que l'on intègre avec plaisir dans notre circuit.

2. faire tout pour que celà ne recommence pas. En tant que Commission Nationale Monocycle, nous portons une part de responsabilité claire, que ce soit dans la forme du tournoi (quoi qu'on en pense) ou dans l'absence de règlement (contrairement aux Wheel frites, je pense que celà est indispensable, ne serait-ce que pour ne pas avoir à l'utiliser).

Il est à noter que ceux qui nous ont donné le meilleur exemple, ce sont les juniors. La finale était splendide, et les équipes sont tombés dans les bras l'une de l'autre au coup de sifflet final. Nous avons à apprendre de la jeunesse !


Les juniors à la fin de la finale. Photo de Romain Gadiolet.

J'espère que cette article n'a pas été trop indigeste. Je suis sûr que si vous êtes arrivés jusque ici, c'est que vous êtes passionnés par la discipline, et je vous en remercie.

Vivons ensemble notre monobasket !

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